Cie Shonen, Éric Minh Cuong Castaing

Cie Shonen

RESIDENCE COURTE

La résidence de la compagnie Shonen au CDA cette saison a pour objectif un travail bien spécifique qui dépasse la (pas si) simple démarche de sensibilisation artistique auprès des publics jeunes.

En effet, dans le cadre de la dernière création de la compagnie « lil’dragon » Eric Minh Cuong Castaing met en scène un groupe d’enfant. Ces derniers sont les élèves de CP/CM2 de l’Ecole Paul Fort d’Ezanville, ils travaillent depuis décembre 2012 avec toute l’équipe artistique.

Après « Kaiju » en 2011, la compagnie Shonen revient au Centre des arts avec sa dernière création : «lil’dragon ».

Eric Minh Cuong Castaing, chorégraphe et graphiste pour le cinéma d’animation, propose un nouvel acte d’alchimie de ses deux pratiques.

Mêlant mapping vidéo, nouvelles technologies, danses urbaines et traditionnelles, « lil’dragon » sonde l’expérience trouble de la transmission.

Sur scène, une ancienne étoile du ballet royal du Cambodge ayant fui la dictature Khmer rouges et une danseuse de K.R.U.M.P incarnent deux puissances vitales, deux manières d’être femmes et deux formes de lutte, aux prises avec une descendance inattendue.

En jeu, une nuée d’enfants* : une fratrie, une meute, une humanité en devenir qui, tel un grand corps spongieux et viscéral, ingère et transfigure les signes et les énergies des aînées.

De ce choc naissent les images nouvelles, les icônes altérées. Autant de projections mentales qui se répercutent sur les corps dans une chorégraphie sensible matérialisée par le dispositif numérique (vidéo d’archive, pixel art, robotique…).

Corps dansant en particules cosmiques, kaléidoscope de chair et de lumière, « lil’dragon » propose un parcours sensoriel et méditatif vers un sentiment de futur, physique et insaisissable.

Une création inédite avec des enfants :

après une première session de travail en décembre dernier, 5 nouveaux ateliers préparatoires avec les enfants : les 4, 8, 11, 12, 21 février 2013

Avec Kaiju, notre dernière création, (...) nous avons développé un nouveau rapport à la scène : qu’est ce que l’émotion dans le spectacle et nos moyens pour la transmettre ? (...) J’ai souhaité traiter cette problématique de la transmission, comme quelque chose qui nous traverse, une expérience physique et sensorielle.

J’ai eu l’intuition d’une première figure : une femme, une très vieille femme. Puis il y a eu la vision des enfants. Mettre sur scène un groupe d’enfants, comme des éléments autonomes prêts à tout absorber, une innocence, mais aussi une inconstance...(Eric Minh Cuong Castaing)


Sabine Piel. Enseignante à l’école Paul Fort à Ezanville nous explique ce qui lui a donné envie d’impliquer ses élèves CP/CM2 dans un spectacle de danse professionnel :

"J’ai toujours considéré la danse contemporaine comme une entrée très riche dans les apprentissages. Elle est à la fois écriture et création.  J’ai eu la chance de pouvoir bénéficier de plusieurs formations depuis que je suis enseignante.

Depuis 4 ans, je travaille en partenariat avec le Centre des arts d’Enghien-les-Bains et j’ai rencontré plusieurs chorégraphes qui ont enrichi ma pratique de la danse et ma façon de la transmettre aux enfants. J’ai donc le sentiment aujourd’hui d’avoir des bases solides pour accompagner les enfants dans une création professionnelle.

Avec « lil’dragon », mes élèves sont de « vrais danseurs » ! Ils pourront percevoir et comprendre tous les enjeux d’un spectacle. Comprendre et voir tous les métiers qui permettent de créer, toutes les coulisses. Ils pourront développer des compétences réelles et variées sur une action concrète. Tout fait sens ! "


Entretien avec Eric Minh Cuong Castaing chorégraphe et Céleste Germe, dramaturge

• Eric Minh Cuong Castaing et Céleste Germe nous expliquent pourquoi ils ont choisi de confronter sur scène des corps, des âges et des univers si différents

Nous recherchions trois figures, trois temps, trois puissances pour faire circuler cette notion de transmission. Ainsi, nous avons rencontré Ming Savay ancienne étoile du ballet royal du Cambodge ayant fui le régime génocidaire Khmer rouge en 1982. Elle transporte en elle une histoire singulière et tragique, d’oppression, de violence, de survie et à la fois la nostalgie d’un pays. Elle incarne les mouvements complexes d’une féminité à la fois accomplie et révolue.

Sa danse, la danse traditionnelle khmer, est précise, iconographique. Ses gestes sont taillés par les ballets ancestraux. Sur scène, elle entre en contact avec l’énergie des autres interprètes: les enfants, et Ingrid , la danseuse hip hop, qui transporte avec elle un imaginaire urbain, inspiré des danses de Los Angeles, du K.R.U.M.P.,ou des clips West Coast…

Ingrid et la vieille femme sont deux puissances vitales. Mais quand la danseuse hip hop, immense et souple, projette son intériorité et emplit l’épaisseur de l’espace, la danse traditionnelle khmer de la vieille femme travaille dans le plan, dans la surface. Face à la danse vive, puissante et expressive d’Ingrid, s’exprime la retenue de Meas : une en avant, une en arrière. Leur confrontation oppose et assemble alors deux manières d’être femme, deux rapport à la lutte : le combat pour Ingrid, la résistance pour la vieille femme. Dans les deux cas il s’agit de faire face à l’asservissement.

• Quelle est votre approche dans le travail avec le groupe d’enfants ? Quel(s) rôle(s) jouent-ils dans le spectacle ?

Travailler avec un groupe d’enfants, c’est importer le réel. Le voir bouger et tenter de le manipuler. Avec les enfants, je ne souhaite pas travailler une technicité de ballet, leur apprendre à faire ci ou ça. Je souhaite avant tout mettre en place les conditions nécessaires pour que ce qu’ils sont puisse apparaître. Ce qu’ils sont et ce qu’ils transportent, presque malgré eux. Une présence mais aussi un présent. Les enfants sont dans l’ici et le maintenant.

• Comment vos deux pratiques artistiques de chorégraphe et de graphiste pour le cinéma d’animation dialoguent-elles sur scène?

lil’dragon est l’acte d’alchimie de ces deux pratiques. Danseur et chorégraphe hip-hop, graphiste-animateur 3D, je tisse ici un double partenariat artistique et technologique avec Pierre Gufflet, plasticien et développeur des logiciels d’interaction artistique. Détection de silhouette par infrarouges, projection de vidéo et de dessins d’animation, « texturage » de l’espace et des corps par vidéoprojection, les interprètes et le numérique se rejoignent dans une même matière faite d’ombre et de lumière pixellisée, de mouvements, de chairs, jeune, vieux. Est-ce que ce que je vois à ce moment précis existe réellement ou est-ce que ma perception est déterminée par toutes les informations que j’ingurgite chaque jour.

Dans l’écriture du plateau, des corps et du numérique, je souhaite, en interrogeant la représentation, remettre en question notre perception du réel par la psyché – du réel tangible de la scène comme de la réalité dans laquelle nous vivons.