Soirées Composées Musique, Danse & Numérique

 

En mars, le Centre des arts vous propose deux soirées dédiées au croisement entre les arts numériques et la danse et la musique : une soirée Musique & Numérique avec Alba G. Corral, Dariusz Makaruk, Arnaud Rebotini et Christian Zanési et une soirée Danse & Numérique avec Disorienta / Maria Donata D'Urso, Wolf Ka, Akousthéa et la Cie Pedro Pauwels. Retrouvez sur cette page, les interviews des artistes !

 

 

Pour la soirée Musique & Numérique : Samedi 4 Mars

 

- DIMENSION N à 20h30 : Alba G. Corral & Dariusz Makaruk
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- FRONTIERES à 21h15 : Arnaud Rebotini & Christian Zanési
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Interview :

1. La création est une alchimie complexe, comment appréhendez-vous ce processus? Quel en est le moteur pour l’un et pour l’autre ?

Nous avons fonctionné comme un vrai duo où chacun a apporté son univers sonore et musical dans le but de les mélanger. L’idée étant d’en faire, non pas un simple mix, mais une fusion dynamique.
Une idée proposée par l’un en emmène une autre qui elle-même donne envie d’un nouveau chemin et ainsi de suite.
La réalisation du disque et donc de la nouvelle version concert a pris plusieurs mois.
Mais pour être plus précis Arnaud a apporté sa connaissance approfondie des synthétiseurs analogiques et des boîtes à rythmes et Christian a fait appel à de nombreux sons – souvent concrets – de son répertoire élaboré durant plusieurs décennies.

2. Comment vous êtes-vous rencontrés artistiquement ?

La première fois que l’on s’est rencontrés c’est à Radio France, au début des années 2000, à la suite d’une émission où Arnaud a parlé (en bien) du GRM. S’en est suivi d’ailleurs une commande musicale. Nous avons fait aussi en commun une musique pour une vidéo de Laurent Chanez. Mais le véritable point de départ du duo vient d’un concert au festival Kontact Sonore de Chalon sur Saône en 2010. On était programmés au même concert et pendant les balances on a jammé ensemble et on s’est rendu compte que c’était possible.

3. En 2012, le CDA vous accueillait pour une 1ere étape de votre projet Frontières, présenté aujourd’hui dans sa version définitive.Expliquez-nous le parcours de cette création ?

En 2012 nous avions défini une trame générale, ouverte, dans laquelle on improvisait plus ou moins.  Au cours des quelques concerts de cette première version certaines idées se sont précisées. Mais nous avons tout remis à plat lorsqu’on a décidé en 2015 d’en faire un disque. De ce nouveau travail intense est née la version définitive qui, cependant change d’un concert à l’autre. Certains morceaux peuvent avoir une durée plus longue en concert et suivant les salles on peut accentuer le côté techno ou pas.
Sur scène nous donnons le meilleur son possible - parfois en surround  – de manière à immerger l’auditeur dans ce concept musical de « Frontières ».

Arnaud et Christian

 

Pour la soirée Danse & Numérique : Vendredi 10 Mars

- E-MA à 19h30 : Disorienta / Maria Donata D'Urso & Wolf Ka
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Interview :

1. Quelles sont les références (plastiques, visuelles, culturelles, philosophiques) qui ont nourri la création de cette pièce ?

Le projet a commencé en 2012, lors de notre résidence de recherche artistique sur le MA à la Villa Kujoyama à Kyoto. Le MA, la conscience du vide entre les choses, est représenté par son idéogramme 間, indiquant le soleil qui apparaît entre les battants d’une porte, à un moment et un endroit particuliers. Le rapport entre temps et espace ici n’est pas une abstraction comme dans la tradition occidentale mais évoque une expérience concrète. Cette “concrétude d’un monde sensible”, comme la caractérise Augustin Berque* nous paraît un point de contact intéressant entre danse et nouvelles technologies.

Avec le peintre allemand Albrecht Dürer, nous avons trouvé le pendant occidental de la pensée nippone traditionnelle. Dans sa gravure Melancholia, le polyèdre** incarne l’harmonie par un rapprochement de la mathématique, de la métaphysique de la nature et de l’abstraction dans l’art européen. Il nous paraissait intéressant de confronter la pensée occidentale et japonaise à travers ces traditions respectives et ainsi changer la perspective sur le rapport entre incarné et abstraction, corps et technologie contemporaine.

* géographe, orientaliste et philosophe

** Un polyèdre est une forme géométrique à trois dimensions (un solide géométrique) ayant des faces planes polygonales qui se rencontrent selon des segments de droite qu'on appelle arêtes.

2. Votre spectacle pourrait aussi bien s’apparenter à une installation plastique qu’à une pièce chorégraphique. Cette démarche de création témoigne-t-elle d’une volonté particulière de brouiller les frontières ?

Maria Donata D'Urso : Renverser le regard sur le corps afin de faire émerger une image qui nous interroge sur l’espace corporel constitue mon travail chorégraphique. La création de l’environnement plastique découle du même processus que la chorégraphie. Cette ambiguïté me permet de dépasser les délimitations entre intérieur-extérieur, présence-absence, singulier-universel.

Dans [E]-MA, il y a donc une volonté d’établir une écriture commune construite à partir de langages différents. Le contact entre les deux univers, technologique et chorégraphique est porteur de sens dans le dialogue entre humain et technologie.

Wolf Ka : Dans ma démarche, la scène est considérée comme un dispositif. Elle part du constat que les technologies numériques ne permettent plus de distinguer d’une manière nette les différentes disciplines. La frontière entre in-forme (information, connaissance, conception) et forme (objet, corps, matière) se brouille. Des occurrences contemporaines comme les prothèses, l’intelligence artificielle, le big data, la robotique, le drône tracent les contours d’une humanité où il est de plus en plus difficile de différencier le monde physique et algorithmique, vivant et artificiel. C’est à la création de proposer des approches à ces brouillages contemporains.

3. En quoi l’utilisation des arts numériques vous aide t-elle à rendre sensible les notions de présence,  apparition, disparition, transformation des corps sur scène ?

D : L’écriture chorégraphique dans ce travail explore le corps-sujet par fragments. Elle compose aussi avec des espaces interstitiels entre les écarts d’âges et de cultures des danseurs. Avec l’utilisation des objets dotés de comportements numériques et connectés, les mouvements sont distribués entre les personnes et les objets par l’écriture et l’interaction. L’organicité corporelle et les géométries en mouvement sont ainsi dans une même relation à l’espace et le temps de la scène, amplifiant leur présence par frictions et contrastes.

W : Je ne situerais pas le rapport entre technologies et corps dans une logique de corps augmenté où la technologie est au service de l’homme ou vice versa. Cette co-présence n’a rien d’évident. Il y a une confrontation entre l’humain avec toute sa complexité et de l’autre côté les algorithmes, la robotique, le binaire où le doute et l'hésitation n’existent pas. Il n’y a que du 0 ou 1, il n’y a pas de 0.5. Le sujet se situe là.

4. Quel type d’expérience souhaitez-vous faire vivre ou partager avec le public ?

Entre le public et la scène il y a une suspension, un espace qui favorisent les perceptions et l’imagination. C’est à cet endroit que peut se partager l’expérience du MA où l’espace intime fait un avec l’espace du monde.

 

- SIDE(S), MECANIQUES DU PRESENT à 21h30 : Akousthéa & Cie Pedro Pauwels
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Interview :

1. Quelles sont les références (plastiques, visuelles, culturelles, philosophiques) qui ont nourri la création de cette pièce ?

SIDE(S), mécanique du présent interroge le présent comme un phénomène de mouvements perpétuels de l’existant. Une partition pour dire la disparition et l’apparition n’est pas celle de l’annihilation, c’est celle de l’éclipse, de l’oubli, du déplacement, éventuellement de la réduction ou de la transformation. L’apparition et la disparition de l’instant est avant tout affaire de mouvement ou de déplacement : les choses disparaissent parce qu’elles sont passées dans une autre dimension, parce qu’elles ne coïncident plus dans l’espace, ou parce qu’elles sont cachées; elles n’en continuent pas moins d’exister, dans une autre dimension, dans une autre réalité. Écrire le présent, c’est d’abord écrire un vocabulaire du mouvement, des méandres des possibilités, des conditions d’apparition, de disparition, des errances du destin, où seul le geste révèle l’existence du moment : c’est écrire les mécaniques du présent.

Les références littéraires : Stéphane Mallarmé, pour la perception du mouvement entre disparition et apparition, réminiscence mallarméenne de l’intermédialité.

Les références plastiques : Le Radeau de la Méduse, Gericault.

2. Votre spectacle pourrait aussi bien s’apparenter à une installation plastique et sonore qu’à une pièce chorégraphique. Cette démarche de création témoigne-t-elle d’une volonté particulière de brouiller les frontières ?

Plus que de vouloir estomper les frontières entre les médias, nous proposons d’entrer physiquement dans une œuvre en mouvement. Tout participe à cette écriture : l'imbrication des corps et de leur reflets, la complémentarité des timbres dans l’espace sonore,  le mouvement fixé des images. 

3. En quoi l’utilisation des arts numériques vous aide t-elle à rendre sensible les notions de présence,  apparition, disparition, transformation des corps sur scène ?

L’écriture interactive nous a permis d'intégrer à la notion de mouvement perpétuel une installation faite d’objets inertes : un miroir interactif, un orgue, des lumières, des images fixées. Les capteurs intégrés à l’installation met en mouvement cette écriture de manière transparente et sensible : la place des corps dans l’espace agit sur les phénomènes d’apparitions et de disparitions; l’action des corps, elle, agit sur l’énergie sonore dégagée par le dispositif. L’espace s’ouvre tel une partition virtuelle qui entre en jeu avec le public.

4. Quel type d’expérience souhaitez-vous faire vivre ou partager avec le public ?

SIDE(S) se décline en deux temps : une performance musique et danse et une installation interactive.  La performances est donnée dans l’espace interactif par deux danseurs et un musicien.  Ils ouvrent l’installation et donnent à voir et à entendre leur interprétation de l’apparition et de la disparition de l’instant. Ensuite, le public est invité dans le dispositif. Les danseurs et le musicien ont laissé une trace à la fois sonore et visuelle que le public redécouvre dans une autre dimension, celle de l’expérience commune de l’existence, comme une trace laissée dans l’espace.